Vaud, terre d’IA : la carte des start-up issues de l’EPFL

Un campus qui essaime, chiffres à l'appui

Selon une estimation de Lausanne Cités, l'EPFL compterait aujourd'hui une quarantaine de spin-offs technologiques actives, en hausse de 20% sur un an. Une partie croissante de cette dynamique tourne autour de l'IA vaudoise, du Biopôle d'Épalinges aux laboratoires lausannois. Cette carte dit où se joue, concrètement, l'emploi et l'investissement dans le canton.

L'EPFL, fabrique à start-up spécialisées en IA

Le mécanisme est réglé depuis longtemps. Un laboratoire produit un résultat exploitable, un chercheur ou une chercheuse choisit de sortir du campus, et l'EPFL accompagne la manœuvre via son Startup LaunchPad.

Le volet intelligence artificielle y occupe une place à part. Marius Conti pilote un programme AI entièrement dédié aux jeunes pousses qui s'appuient sur l'apprentissage automatique, la vision par ordinateur ou le traitement du langage, selon Lausanne Cités.

Le contraste avec le récit habituel de la tech, capital-risque à grande échelle, croissance à tout prix, saute aux yeux ici. La recherche fondamentale précède le marché, pas l'inverse. Un brevet ou une publication sert de socle avant même qu'un investisseur soit sollicité.

Cette prudence a un revers. Le passage du laboratoire au marché prend du temps, parfois plusieurs années, et toutes les spin-offs ne survivent pas à cette traversée. Mais celles qui franchissent le cap arrivent souvent avec une technologie plus mûre qu'une start-up partie d'une simple idée.

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Sur la carte vaudoise, des noms précis

Deux exemples suffisent à situer, concrètement, l'investissement en IA vaudoise. Au Biopôle d'Épalinges, Atinary a été fondée en 2019 et emploie aujourd'hui 25 personnes sous le label Scale-Up Vaud. L'entreprise construit des « Self-Driving Labs », des laboratoires pilotés par IA, robotique et expertise humaine, pour accélérer la recherche chimique (Lausanne Cités).

Selon Lausanne Cités, un projet mené avec dsm-firmenich en Suisse a permis de réduire de 97% les coûts liés au rhodium et de diviser par deux le temps de réaction.

Atinary a aussi ouvert un laboratoire autonome à Boston, capable de mener 400 réactions chimiques par jour (Lausanne Cités).

À Lausanne, MindMaze Therapeutics suit une autre trajectoire. Installée depuis 2012, l'entreprise combine IA, capteurs biométriques et réalité virtuelle pour la rééducation neurologique. Cotée en bourse, elle compte 75 employés et s'appuie sur l'EPFL pour l'innovation, sur le CHUV pour les études cliniques (Lausanne Cités).

Sa technologie est déjà remboursée par des assurances américaines. Selon Lausanne Cités, une validation en Suisse pourrait intervenir d'ici trois ans.

Les deux trajectoires illustrent des marchés différents. Atinary vend à l'industrie chimique et pharmaceutique un gain de temps mesurable. MindMaze Therapeutics vise directement le soin aux patients, avec un circuit de remboursement plus long et plus réglementé. Le point commun reste le même, une recherche née sur le campus lausannois, devenue produit vendu à l'international.

Ce que ça change concrètement pour l'emploi et les PME

Cette carte vaudoise de l'IA se traduit par des effets tangibles pour qui cherche un emploi ou un partenaire technologique dans la région.

  • Des postes techniques se créent directement dans le canton, data engineers, ingénieurs en apprentissage automatique, spécialistes en robotique de laboratoire.
  • Spin-offs et grands groupes déjà installés dans l'arc lémanique se disputent les mêmes profils, ce qui tire les salaires vers le haut mais complique le recrutement des plus petites structures.
  • Des PME vaudoises sous-traitent des briques logicielles ou des essais à ces jeunes pousses plutôt que d'importer une solution développée aux États-Unis.
  • Collaborer avec une spin-off locale permet souvent un accompagnement plus direct qu'avec un fournisseur étranger, un atout pour une PME qui découvre l'IA appliquée.

Cette dynamique n'efface pas une tension bien réelle. Les spin-offs recrutent vite mais restent de petites structures face à des groupes établis qui peuvent proposer des salaires plus élevés dès l'embauche. Pour une PME romande, le calcul est différent, elle cherche moins un employé supplémentaire qu'un partenaire capable de résoudre un problème précis, à un coût plus prévisible qu'une solution importée.

L'argent suit, canton et investisseurs à l'appui

L'argent, lui, suit une trajectoire plus institutionnelle qu'un simple pari privé. Le label Scale-Up Vaud, porté par Atinary, signale un soutien cantonal explicite aux entreprises en phase de croissance (Lausanne Cités).

Du côté de MindMaze Therapeutics, la cotation en bourse ouvre un accès direct aux marchés de capitaux, une option rare pour une spin-off d'origine académique et un signal de maturité pour l'écosystème.

En amont, l'EPFL finance elle-même l'amorçage via son Ignition Grant, avant que les investisseurs privés ne prennent le relais, selon le site Startup Launchpad de l'école. Le dispositif reste modeste par nature, pensé pour faire franchir aux projets les premiers mois plutôt que pour rivaliser avec un tour de table classique.

Sur le papier, l'argument est simple, plus de labels et de cotations signifient plus de confiance des investisseurs. Cependant, un label cantonal ou une cotation boursière ne garantit pas la rentabilité d'une entreprise, seulement sa visibilité et son accès à des capitaux supplémentaires.

Aucun chiffre agrégé ne permet aujourd'hui de mesurer le poids total de ces montants à l'échelle du canton. Ce qui se vérifie, en revanche, c'est la présence simultanée de labels cantonaux, de cotations boursières et de mécanismes d'amorçage universitaire autour des mêmes adresses lausannoises.

À surveiller d'ici la fin de l'année

Cette carte vaudoise de l'IA raconte une chose simple, l'emploi et l'investissement en intelligence artificielle se jouent déjà à l'échelle du canton, pas seulement dans les discours sur l'IA mondiale.

La prochaine cohorte du Startup LaunchPad dira si le rythme actuel des spin-offs IA tient la cadence observée cette année. D'ici la fin de l'année, le nombre de nouveaux projets soutenus par l'école donnera une première indication de la trajectoire vaudoise.

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