Un banc d'essai qui commence par une date précise
Le portail cartographique du canton de Fribourg recense plusieurs centaines de jeux de données, dont un relevé LiDAR aérien qui modélise bâtiments et terrain en trois dimensions (Etat de Fribourg, fr.ch). Sur ce socle, l'architecture 3D devient un outil de gestion, testé par les services romands sur leurs premiers jumeaux numériques.
Ce que recouvre un jumeau numérique de ville
Une maquette 3D montre une ville figée au jour de sa capture. Un jumeau numérique, lui, reste connecté à des données mises à jour, parfois issues de capteurs, et permet de simuler un scénario avant qu'il ne se produise, une fermeture de route, une montée des eaux, l'affluence d'un quartier un jour de marché. Sur le papier, la promesse est nette, un outil qui anticipe plutôt qu'il ne décrit seulement.
Dans les faits, la mise à jour continue de ces données coûte cher et demande une organisation dédiée. Peu de collectivités franchissent le pas au-delà de la maquette figée.
Trois familles d'outils dominent ce marché à l'échelle mondiale. Esri mise sur CityEngine et ArcGIS Urban, pensés autour des données géographiques, quand Bentley construit avec iTwin des jumeaux à vocation plus technique, pour les routes, ponts et réseaux, c'est-à-dire l'infrastructure du quotidien (Bentley Systems). Autodesk complète l'offre côté conception de bâtiments.
En Suisse, une trentaine de communes disposent déjà d'un jumeau numérique photoréaliste, signe que ces plateformes s'installent bel et bien à l'échelle communale (RTS).
Fribourg à la loupe, les logiciels réellement testés
Le projet le plus concret reste Chamblioux-Bertigny, piloté par l'Etat de Fribourg. À la croisée de quatre communes, la couverture de l'autoroute N12 doit libérer un nouveau quartier, avec un chantier envisagé dès l'hiver 2026-2027 et une mise en service visée à l'horizon 2029 (Etat de Fribourg, fr.ch).
Ce type de dossier passe par des mandats d'études parallèles, où plusieurs bureaux d'architecture soumettent des variantes en volume avant le choix final (urbaplan, assistance à la maîtrise d'ouvrage). C'est à ce stade que les logiciels de modélisation entrent en jeu, et que cette architecture 3D cesse d'être un exercice de style.
Le canton compare ces trois plateformes sur des critères concrets, notamment le coût de licence, la compatibilité avec les données de la mensuration officielle suisse et les formats d'export vers les bureaux partenaires (IFC, CityGML).
« Chamblioux-Bertigny offre l'opportunité de développer un modèle d'urbanisation durable sur un territoire de plus de 60 hectares au cœur de l'agglomération fribourgeoise. » (Etat de Fribourg, fr.ch)
Rien n'indique encore lequel de ces trois outils l'emportera. Le calendrier du chantier, lui, laisse peu de temps pour tergiverser.
Vaud, Valais, Neuchâtel, où en sont les autres cantons
Dans le canton de Vaud, les communes de Nyon, Pully et Ecublens comptent parmi les pionnières romandes des jumeaux numériques photoréalistes. Pour cartographier l'une d'entre elles, deux drones ont capturé 35 000 photos en une seule journée, avec une précision de l'ordre du centimètre, consultable ensuite sur smartphone via un simple QR code (RTS).
L'échelle change tout, une commune de quelques milliers d'habitants peut financer un survol par drone en un jour, quand un canton entier doit d'abord harmoniser des données venues de dizaines de communes différentes. Ces jumeaux vaudois servent au recensement architectural, à la simulation d'une fermeture de route ou d'un tremblement de terre, et à la gestion des réseaux d'eau potable. Le Valais et Neuchâtel n'affichent pas, à ce stade, de démarche communale comparable rendue publique, ce qui laisse à Fribourg et Vaud une longueur d'avance sur cette phase de test.
Ce que ça change pour les bureaux d'architecture et les PME
Pour un bureau romand habitué à Revit ou ArchiCAD, le saut vers un jumeau numérique complet représente d'abord un coût de formation, souvent sous-estimé face au prix de la licence elle-même. L'interopérabilité reste le point de friction principal, un fichier exporté en IFC ne s'ouvre pas toujours proprement dans la plateforme cantonale de destination.
Trois éléments concrets déterminent aujourd'hui si une PME romande peut suivre le mouvement.
- Le temps de déploiement, comptez plusieurs mois pour former une équipe sur un nouvel outil de jumeau numérique.
- La compatibilité des formats d'export avec les données cadastrales suisses, sans quoi chaque échange cantonal exige une conversion manuelle.
- Le coût récurrent de la licence, qui pèse davantage sur un bureau de dix personnes que sur un grand groupe.
En amont de ces plateformes, des prestataires spécialisés comme ab-3dscanning.ch proposent des relevés par scanner laser pour numériser un bâtiment existant avant son intégration dans un jumeau numérique.
Aucun de ces outils n'est une solution universelle, le choix dépend surtout du type de mandat déjà en portefeuille du bureau.
Ce qui reste à trancher d'ici la fin de l'année
Fribourg est pionnier romand sur le papier, Vaud reste en avance sur le terrain avec ses communes déjà connectées. Tester plusieurs logiciels avant de trancher prend du temps, mais évite d'enfermer la collectivité dans un outil inadapté pour la décennie à venir.
